Médiation ANIMALE

NEMO

Hélène Bordelot, son travail d’orthophoniste avec Nemo

Définition

MÉDIATION
ANIMALE

ZOOTHÉRAPIE

TAA

THÉRAPIE ASSISTÉE PAR L'ANIMAL

La médiation animale est utilisée comme auxiliaire aux thérapies conventionnelles. Elle permet d’aider, de compléter et de renforcer les bénéfices des thérapies traditionnelles, telles que l’orthophonie, la psychomotricité, l’ergothérapie ou encore la kinésithérapie… Elle ne les remplace en aucun cas. Elle implique :

FORMATION SPÉCIFIQUE

BONNE CONNAISSANCE DE L'ANIMAL

SUIVI
VÉTÉRINAIRE

DÉMARCHE THÉRAPEUTIQUE PRÉCISE

L’animal :

un facilitateur
de contact

L’animal est l’allié pour créer un lien,

une relation entre le patient et l’orthophoniste. Il va jouer un rôle important dès le premier contact en simplifiant l’entrée en relation par l’organisation d’une triangulation patient/ animal/ orthophoniste.

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Madame C. vient consulter pour un bilan à la demande de son médecin généraliste. Elle présente en effet depuis plusieurs mois d’importants troubles mnésiques, une désorientation temporelle et un manque du mot important, le tout s’aggravant au fur et à mesure, au point de ne pas avoir su rentrer chez elle lors d’un déplacement.

Devant sa famille, elle fait bonne figure, mais au fond d’elle-même, elle a bien conscience de ses difficultés croissantes à communiquer et à se repérer. Pour elle, une orthophoniste, c’est pour les enfants qui zozottent ou qui ont du mal à lire et à écrire. Alors dans la salle d’attente, qui mêle contre toute attente beaucoup d’adultes, elle commence à angoisser, se renferme et se fait toute petite.

Lorsque j’ouvre la porte de mon bureau et que Nemo l’accueille de suite avec joie et affection, en lui demandant des caresses, son comportement change immédiatement. Elle se détend, elle parle au chien, lui sourit, le caresse. Nous engageons alors la conversation sur les chiens et les animaux en général, qu’elle aime et qui ont toujours fait partie de sa vie. Elle aussi, elle avait un chien. Et voilà… le premier contact est établi, le bilan peut désormais commencer, sur un fond plus détendu et dans une ambiance moins anxiogène. Lors de la passation, Nemo est à côté d’elle. Il ne fait rien et n’a rien à faire de particulier : sa seule présence détend Madame C.

CAS PRATIQUE

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Madame C.

Pourquoi la médiation animale ?

La médiation par l’animal va permettre :

  • Améliorer les habiletés sociales en favorisant la communication et l’expression des émotions.
  • Accroître la confiance et l’estime de soi
  • Réduire l’apathie
  • Développer les compétences et/ou d’augmenter le contrôle de soi (diminuer les comportements inadéquats) et d’enseigner les touchers adéquats.
  • Stimuler les compétences socles nécessaire au développement du langage suivi du regard, attention visuelle soutenue, attention conjointe, pointage, imitation, tour de rôle, élan à l’interaction...
  • Développer la compréhension non verbale les gestes, le corps, les mimiques, le regard sont d’autant d’éléments qui permettant d’appréhender et de travailler sur les situations émotionnelles.
  • Stimuler et améliorer les fonctions exécutives telles que la mémoire, les capacités de résolution de problèmes et de prise de décision, les capacités d’attention, de flexibilité mentale, d’inhibition, de planification, d’orientation spatio-temporelle et développer l’autonomie.
  • Le plaisir de venir en séance, cela permet d’obtenir l’adhésion et la participation du patient, qui, malgré ses difficultés, va avoir envie de persévérer et de poursuivre des séances régulières, parfois à un rythme soutenu, même si celles-ci sont parfois inconfortables

En conclusion

L’animal a le pouvoir :

APAISER

RASSURER

DONNER CONFIANCE

DÉPASSER LES PEURS

DÉTENDRE

FACILITER LE CONTACT

RECRÉER LES LIENS SOCIAUX

LIBRÉRER LES ÉMOTIONS

AMÉLIORER LA COMMUNICATION

TRAVAILLER LES ÉMOTIONS

TRAVAILLER LES COMPÉTENCES SOCLES À LA COMMUNICATION

STIMULER LES FONCTIONS COGNITIVES SUPÉRIEURES

TRAVAILLER LES ASPECTS SENSORIELS

renforcer l’adhésion et la persévérance du suivi

donner plaisir à venir en séance

L’animal :

Accepte le rythme
de chaque patient

Écoute attentivement
sans signe d'impatience

Ne juge pas

exemples de pathologies pour lesquelles mon chien est amené à intervenir :

MÉDIATION ANIMALE : Pour qui s’adresse-t-elle ?

Le projet rééducatif peut introduire l’animal en fonction des pathologies : il doit être réfléchi en amont et n’est pas systématique. Il dépend de chaque patient et doit être soutenu et accepté par le patient et/ou son entourage.

Chez les enfants avec pas ou peu de langage

la présence du chien médiateur est un excellent moyen de développer et de travailler les compétences socles nécessaires à l’émergence du langage et à son développement harmonieux. Suivre le chien du regard, pointer ses friandises, pointer son panier pour qu’il s’y couche, l’imiter … autant de possibilités bien plus ludiques qu’un cadre formel pour développer ses compétences langagières !

Les troubles du langage écrit

Dans cette pathologie, on va utiliser la thématique de l’animal pour aborder la compréhension, la lecture et l’orthographe. La motivation est optimisée grâce à la présence du chien. Quoi de plus drôle que d’écrire sur … un chien ! Quoi de plus ludique que de comprendre des phrases pour faire faire des choses réelles au chien ? On s’éloigne d’un cadre scolaire et trop formel, derrière un bureau.
De plus, la présence de l’animal est un support nouveau et motivant : les adolescents dyslexiques sont pris en charge depuis plusieurs années, et leur motivation s’atténue. On utilise l’animal comme un renforcement : on permet à l’enfant de caresser ou récompenser le chien lorsqu’il a effectué une tâche particulière. La présence de l’animal amène une nouvelle motivation et un souffle nouveau.

 

Mais, la présence d’un animal médiateur, plus qu’une source de motivation, aura aussi un impact sur l’état psychique de ces enfants en échec scolaire, trop souvent dévalorisés.

jordan

Jordan, ado dyslexique de 13 ans avec de grosses difficultés scolaires, accepte enfin de venir voir une orthophoniste, parce que « c’est cool de travailler avec Nemo, c’est pas pareil qu’avant ». 

CAS PRATIQUE

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Jordan

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Édouard, suivi pour des troubles de langage oral et écrit, ne sait toujours presque pas lire alors qu’il est en classe de CE2 et que son plus plus jeune frère, à peine en CP, sait quant à lui lire comme un livret ouvert. Stigmatisé, en échec scolaire et en rébellion, E. se trouve « nul et bête ». C’est en écrivant sur les poils de Nemo avec son doigt qu’il a enfin pu mémoriser l’orthographe de certains mots outils ou irréguliers : plaisir du toucher, côté ludique, activité sans rapport avec ce qu’il fait en classe … C’est aussi grâce au chien qu’il a découvert le plaisir de lire pour comprendre, grâce à des activités qui nécessitaient la compréhension d’une petite phrase dans laquelle une action était à réaliser concrètement avec le chien.

CAS PRATIQUE

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Édouard

Le bégaiement

C’est dans ce trouble de la fluence que j’ai fait l’expérience la plus probante de l’utilité de Nemo en séance. Il m’a permis d’établir un contact et de pouvoir travailler avec une petite fille qui, face à son bégaiement important, ne voulait même plus ouvrir la bouche et s’adresser à une nouvelle personne. Par le biais du chien, elle a pu oser non pas me parler à moi dans un premier temps, mais parler et raconter des histoires à Nemo. L’angoisse de buter sur les mots était bien moins importante face au chien. C’est comme ça que nous avons pu aborder tous les concepts nécessaires pour adoucir sa parole et la rendre fluente. A la fin de la prise en charge, nous sommes même parvenues à effectuer une séance sans Nemo, ce qui est une vraie victoire !

Les troubles du langage oral

Le chien est un bon support vivant pour travailler le langage oral dans tous ses aspects : phonologie, syntaxe, lexique en expression comme en compréhension.
Prendre un livre, s’asseoir sur le tapis près du chien avec son écoute bienveillante et raconter l’histoire, est pour l’enfant bien plus motivant et rassurant que de faire un récit au thérapeute qui ne pourra s’empêcher de porter un jugement. Cacher des friandises pour chiens, et les faire trouver à l’enfant sera un bon support ludique pour travailler la compréhension des prépositions locatives, par exemple. Mais aussi quelle satisfaction pour l’enfant que de donner une récompense au chien : il se sent valoriser, adopte une attitude active, et retrouve ainsi une certaine confiance.

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Madame P., 74 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, vient au cabinet 3 fois par semaine, accompagnée par son époux. Nemo est devenu son point de repère. Elle oublie à chaque séance mon prénom, qui je suis et ce qu’elle vient faire chez moi, mais jamais elle n’a oublié qu’elle retrouve « son copain goulu » qui s’assoit à ses côtés et qui lui réclame des caresses.

CAS PRATIQUE

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Madame P.

Les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)

De par sa simple présence, le chien canalise d’emblée l’attention de l’enfant et devient un renforçateur puissant permettant de travailler l’attention focalisée, l’attention soutenue, ainsi que la capacité à maintenir une tâche (pour obtenir la récompense en lien avec Nemo). L’animal étant un miroir de l’état émotionnel des hommes, il permet également de travailler sur la gestion de l’impulsivité verbale et motrice de l’enfant pour garder/retrouver un comportement calme et serein chez le chien.

T.S.A. / Asperger

Le chien permet d’aborder une communication non verbale utilisant différents canaux (visuels, touchers, odorat…) ce qui permet au patient, de développer ses capacités de communication en général, son niveau sensoriel et affectif. La présence de l’animal stimule l’enfant, le sécurise et l’encourage à communiquer. Le chien devient rapidement le stimulus, l’élément d’activité, de motivation et de communication.

 

L’animal permet également d’aborder la compréhension et la gestion des états émotionnels, des autres mais aussi de soi-même. Il est par ailleurs un excellent moyen d’aborder l’humour, le second degré ou la compréhension du langage métaphorique et imagé (avoir par exemple « un humour de chien » …) ainsi que les scenari sociaux (« Monsieur Dupont est invité à déjeuner chez des amis. Avant d’arriver, son chien s’est roulé dans des crottes de chien trouvés en chemin, sur le trottoir. A table, dans le salon fermé, ses amis lui demandent s’il ne voudrait pas ouvrir la fenêtre alors qu’on est en plein hiver… A ton avis, qu’est-ce que cela pourrait bien vouloir dire ? Est-ce que cela est correct d’amener son chien dans cette situation précise ? »)

mathieu

C’est ainsi que M., petit garçon de 3 ans avec un diagnostic de T.S.A modéré, présentant des troubles du comportement importants et avec peu ou pas langage (cris, quelques mots à son actif mais hors contexte et répétitifs) a pu commencer à pointer et à dire le mot « chien » très rapidement et à propos (c’est-à-dire devant Nemo, et non pas de manière stéréotypée et hors contexte, sans chien devant lui). Grâce à l’animal, nous avons pu installer les pré-requis au langage ainsi que de nombreuses capacités nécessaires à son développement global (comme des tris par exemple de plus en plus complexes) : en effet, Nemo est devenu son renforçateur principal, me permettant de le contraindre à faire et à terminer une courte activité pour ensuite obtenir une activité avec Nemo en récompense (caresses, lui donner une friandise…).

CAS PRATIQUE

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Mathieu

Les troubles neurocognitifs et langagiers consécutifs à une lésion vasculaire (AVC) ou à un traumatisme crânien

Dans ce type de troubles, le chien permet d’aborder de manière plus concrète et plus ludique le travail des fonctions exécutives telles que l’attention, la mémoire, la flexibilité mentale, l’inhibition, la planification. Nous pourrons par exemple travailler l’accès au lexique sur le champ lexical du chien, ou encore créer un parcours moteur à Nemo, s’en souvenir, puis le refaire mais à l’envers (mémoire de travail)…

La réhabilitation vocale des patients ayant subi une chirurgie totale du larynx

Dans ce type de prise en charge, le chien représente un bon moyen d’expérimenter une nouvelle voix qu’il faut appréhender, développer et accepter. Le schéma corporel et l’estime de soi sont mis à rude épreuve après une chirurgie carcinologique ORL et bien souvent, la communication à l’autre est difficile et fortement appréhendée dans les premiers temps, par peur du regard de l’autre. Interlocuteur privilégié, sans jugement et bienveillant, l’animal permet d’expérimenter la nouvelle voix et sa compréhension, en donnant par exemple des ordres simples au chien (assis, couché, pas bouger, viens ici … etc.). Au-delà des aspects purement verbaux, la présence de Nemo rassure et apaise ces patients souvent douloureusement meurtris et à fleur de peau. Le chien est d’ailleurs une véritable fenêtre émotionnelle, puisqu’il s’avère qu’il est toujours très proche de ces patients-là.

larynx

Monsieur D., que l’on voit sur la photo ci-dessous, parle à Nemo avec sa prothèse phonatoire : « toi aussi ta voix, elle est là ».

CAS PRATIQUE

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Monsieur D

Les maladies neurodégénératives

Chez les patients atteints de démence de type Alzheimer, la présence de l’animal favorise une stimulation des fonctions cognitives supérieures, une stimulation de la mémoire, l’évocation de souvenirs, le maintien de la communication etc. Le patient va spontanément revenir sur ses souvenirs, évoquer les animaux qu’il a déjà eus et raconter quelques anecdotes. On peut aussi, susciter le langage en décrivant les différentes couleurs ou textures du poil, les différentes races… ; ou bien améliorer les habiletés à s’organiser en décomposant ou ordonnant les différentes étapes à effectuer pour sortir le chien en promenade, par exemple. 
L’animal peut permettre des activités telles que nourrir ou apprendre des commandes verbales ou gestuelles destinées au chien. Ce qui va stimuler le sentiment d’accomplissement et de responsabilité chez ces personnes devenues dépendantes et passives.

L’animal a également un rôle rassurant par les échanges de regard, mais aussi par ce qu’il devient le point de repère :

D’autres pathologies, bien évidemment, se prêtent à la thérapie assistée par l’animal, telles que les troubles logico-mathématiques ou encore le polyhandicap etc.

Il s’agit-là de quelques exemples qui montrent que le duo orthophoniste/chien médiateur permet une synergie bénéfique à la rééducation.

Une présence réfléchie et à préparer rigoureusement

La présence de l’animal est un moteur puissant aux interactions, elle apaise, rassure, stimule et motive. Elle nécessite tout de même beaucoup de préparation, que ce soit en termes de formation comportementale pour le chien, qu’en termes de préparation de séances : en effet, le chien ne se substitue pas à la rééducation mais est bel et bien au service de la rééducation et de ses objectifs.

Toutefois, il est utile de prendre en considération les inconvénients possibles comme les allergies, les phobies, le dégoût, les peurs du patient ou de sa famille, des maladies où le contact avec l’animal n’est pas recommandé : il est donc important, avant d’engager une prise en charge avec un animal, de déterminer dans quelle(s) mesure(s) la présence du chien en envisageable ou non, et si celle-ci peut permettre de servir aux objectifs thérapeutiques.

En conclusion, la rééducation assistée par l’animal est une nouvelle forme d’intervention qui demande une expérience à la fois en tant qu’orthophoniste mais aussi une formation adéquate en médiation animale.